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samedi 15 juillet 2017

BALENCIAGA, L'OEUVRE AU NOIR

Quand on me demande quelle est l'exposition de mode que j'ai préférée jusque maintenant, je réponds invariablement qu'il s'agit de la présentation des créations de Madame Grès au Musée Bourdelle. Cette exposition m'avait ébloui par sa scénographie sobre mais parfaite et surtout, le dialogue entre les sculptures monumentales d'Antoine Bourdelle et les tenues ciselées de la créatrice semblait couler de source. Alors, c'est avec un certain plaisir anticipé que je me suis rendue de nouveau au sein de cet agréable musée/atelier afin d'y découvrir la nouvelle conversation que les conservateurs avaient décidé de proposer, cette fois avec les créations du couturier espagnol Cristobal Balenciaga. Et afin de rendre l'expérience encore plus brute et singulière, n'y sont montrés que des vêtements noirs, d'un noir dense et vibrant, si espagnol.

Entre les lignes épurées et architecturales du couturier et les silhouettes majestueuses du sculpteur, l'échange est évident. Et la scénographie intensifie le rapport alors que les conservateurs ont privilégié des bustes Stockman des plus simples aux piètements métalliques graphiques, des écrins de bois peints en noir comme des caisses d'atelier ou de rares protections de verre telles des socles.

Malgré l'élégance et le luxe des créations de Balenciaga, quelque chose d'indéniablement sobre voire austère s'en dégage tout comme les oeuvres de Bourdelle allient somptuosité et rusticité.

Ici point d'exposition blockbuster, tape à l'oeil mais plutôt l'envie d'un concept, une gloire au vêtement et à la technicité plutôt qu'au glamour gratuit. De toute manière, ça ne va pas avec la personnalité de Cristobal Balenciaga qui, même s'il a habillé les plus grandes mondaines de la société, est resté un homme discret. 

Les salles du musée et notamment l'extension imaginée par Christian de Portzamparc, elles aussi, se marient bien aux créations rigoureuses du couturier. Que ce soit dans le bric à brac de l'ancien atelier ou face aux murs gris de ciment, elles trouvent leur place, tantôt pour mieux s'y opposer comme ces tailleurs raffinés jouxtant les outils du sculpteur, tantôt pour s'y mêler avec justesse, quand la modernité du ciment fait écho aux volumes  inattendus des robes ballonnées. 
Parce que malgré son austérité, Cristobal Balenciaga est un moderne, de ceux qui osent nier et déconstruire le corps de la femme pour lui apposer des formes amples, une expérimentation de la silhouette qui rappelle immanquablement les créateurs japonais comme Rei Kawabuko chez Comme des Garçons ou Yohji Yamamoto, un autre grand adepte du noir.

Et finalement, quand la couleur fait son entrée, c'est avec les derniers habits. Une touche de rose layette qui fait son apparition sous la forme de perles de tissu ou de rubans délicats qui se marient merveilleusement au noir profond, et la femme devient joli bonbon...
















Balenciaga, L'oeuvre au Noir au Musée Bourdelle jusque demain!!

mercredi 3 mai 2017

QUAND RACHEL DE FRIENDS DEVIENT OEUVRE D'ART...



L'art et la pop culture ont souvent frayé depuis l'avènement du fameux Pop Art dans les années 1960. Surtout, on n'a jamais eu peur d'ériger certaines célébrités en oeuvres d'art, les transformant en icônes d'un monde de plus en plus régi par le star-system. 
L'installation Rachel's Wardrobes n'échappe pas à la règle et va encore plus loin en interpellant le spectateur sur ce qui fait l'intemporalité d'un personnage fictif. Am Schmidt s'est intéressée au vestiaire du personnage incarné par Jennifer Aniston dans la série Friends avec son installation Rachel's Wardrobes et propose ainsi, non seulement de célébrer un style iconique et facilement reconnaissable par les fans de la série, mais elle pousse aussi à s'interroger sur ce qui peut vraiment être considéré comme de l'art en combinant mode et culture populaire tout en délivrant aussi une réflexion sur la société de consommation et la notion de tendance. Parce que c'est là tout l'intérêt du projet d'Am Schmidt c'est qu'elle s'en est tenue à 4 costumes, proposant des pièces hybrides, mi-sculptures, mi-installations, identifiées par la saison et l'épisode concernés. Des portiques qui pourraient évoquer des rayons minimalistes de boutiques branchées...Ces 4 tenues identifient des moments clés de la série et surement faut-il être un véritable amateur de Friends pour les reconnaitre mais elles identifient aussi tout un pan de notre histoire socio-culturelle portée ici fièrement par le vêtement et son impact sur le gout et les tendances. A l'époque, on a beaucoup disséqué les coupes de cheveux de l'actrice et c'est avec curiosité que l'on peut désormais aussi analyser sa garde-robe. Et comme rien ne semble arriver par hasard, il est étonnant de constater comme les pièces vestimentaires portées par Rachel résonnent avec la mode actuelle alors que les années 1990 sont devenues une inspiration incontournable de la jeune génération: les portiques arborant les tenues de la pimpante protagoniste pourraient figurer dans un look-book Asos ou Topshop.

A travers le prisme de la mode et de la pop culture, Am Schmidt nous invite à nous remémorer quelques heureux souvenirs d'une série télévisée devenue culte mais aussi à nous faire à l'idée que désormais tout est prétexte à une réflexion créative et ça, c'est passionnant. 

Am Schmidt, Season 1, Episode 3, Scene 1, 2017
Am Schmidt, Season 1, Episode 16, Scene 14, 2017
Am Schmidt, Season 1, Episode 19, Scenes 5, 6, 8, 12, 13, 14, 2017

Am Schmidt, Season 1, Episode 16, Scene 5, 2017

vendredi 6 janvier 2017

MAURIZIO CATTELAN A LA MONNAIE DE PARIS: LA PROVOCATION INTROSPECTIVE


L'artiste italien, Maurizio Cattelan, a toujours fait couler beaucoup d'encre, non seulement par ses oeuvres provocantes mais aussi par son comportement facétieux à l'égard des médias.
Alors que la retrospective qui lui est consacrée à la Monnaie de Paris, s'achève dans deux jours, il est intéressant de constater comme l'art contemporain est encore et toujours au centre de débats. 


Quand on décide de visiter cette exposition à quelques jours de sa fermeture, rares sont les surprises tant elle a été "instagrammé" et "hashtagué" sous toutes ses coutures mais reste malgré tout la découverte des choix scénographiques. 
Avec une théâtralité exacerbée par les magnifiques intérieurs de la Monnaie, la présentation des oeuvres de l'artiste (peu nombreuses, il faut dire) se fait dans une enfilade de pièces, sans ordre établi, appelant toujours le visiteur à l'étonnement alors qu'il passe la tête dans un nouvel espace. Les oeuvres les plus célèbres de Maurizio Cattelan ne manquent pas à l'appel: Novecento, soit un cheval pendu au-dessus de nos têtes alors que nous nous introduisons dans l'exposition, La Nona Ora et son pape écrasé par une météorite ou encore son glaçant Him, petit communion qui se révèle être Hitler.


Toutefois, on s'attarde aussi sur d'autres pièces moins évidentes, comme All qui dévoile des corps dissimulés sous des draps de marbre, comme des gisants déshumanisés ou We qui présente des mannequins de l'artiste en taille réduite, des jumeaux allongés sur un lit, unis dans ce qui semble être un sommeil éternel.
Avec l'oeuvre de Maurizio Cattelan, on est tantôt dans le loufoque, tantôt dans l'angoissant voire le désagréable comme avec ce petit garçon haut perché dans une salle majestueuse, qui tape sur son tambour de temps à autre et qui vous fait sursauter à chaque fois. 


On aurait le défaut de croire que son oeuvre est facile, gentiment racoleuse mais ce serait nier à quel point son propos est inspiré de reflexions fortes dans lesquelles chacun de nous peut se reconnaitre: notre place dans la société, la spiritualité, l'identité et évidemment, la mort. Il s'amuse de la désacralisation des choses: de la religion, de la mort, des événements historiques et même de son public à l'image de ces pigeons perchés qui semblent nous observer goguenards, prêts à nous "chier dessus"...pathétiques spectateurs!

La scénographie de Not Afraid of Love lie intelligemment les oeuvres et les espaces d'exposition, notamment par des jeux de miroirs qui permettent d'observer les pièces avec des points de vue multiples. Seule la lumière aveuglante dans certaines salles est dérangeante mais est-ce voulu? Une volonté de mettre encore plus mal à l'aise le visiteur? Possible...
Ce qui dénote aussi sont les brillants cartels rédigés par diverses personnalités issus de cultures variées qui permettent la confrontation d'idées, d'opinions et d'interprétations des oeuvres. Quel dommage toutefois qu'ils ne soient pas plus valorisés, imprimés sur des panneaux plus grands, plus lisibles...


Avec Not Afraid of Love, Maurizio Cattelan invite au questionnement, nous provoque pour mieux nous pousser à réfléchir sur nous-mêmes et le monde dans lequel nous évoluons. Seul demeure un mystère: le choix du titre de l'exposition? 
Entre vous et moi, je n'ai pas beaucoup pensé à l'amour au milieu de ses oeuvres...

mercredi 25 mai 2016

HUBERT ROBERT OU LA POESIE DES RUINES...PAR HAYLEY

Bonjour

Alors que je regardais ce si joli film, Trois Souvenirs de ma Jeunesse dans lequel le héros parle avec passion d'une oeuvre du peintre Hubert Robert, je me suis souvenue que j'avais oublié de partager mes impressions de l'exposition parisienne consacrée à l'artiste.

Vue de Ripetta - 1766
Il est vrai que j'ai pas mal délaissé la rubrique "art" du blog, non seulement parce que je ne prends pas assez le temps de faire des expositions mais aussi parce que comme je l'avais déjà signalé, j'écris des articles mensuels sur les expositions ayant un lien avec la mode pour le site américain, Worn Through et je ne souhaite pas faire doublon, ici. Alors pour ceux d'entre vous qui maîtrisent l'anglais, n'hésitez pas à aller y découvrir mes compte-rendus.

Aujourd'hui, c'est donc sur Hubert Robert que nous nous concentrons. J'ai toujours aimé ce peintre que j'ai découvert pendant mes études à l'Ecole du Louvre. Et, l'exposition du Musée du Louvre lui fait grandement honneur, lui consacrant une imposante et passionnante présentation.

Caprice antique avec la statue de Marc-Aurèle 
Quand on pense à Hubert Robert, nous vient immédiatement une certaine idée de l'académisme. Certes Hubert Robert fut un peintre dit "officiel" mais derrière l'apparent classicisme de ses oeuvres, se cachent une certaine malice, une sensualité, une virtuosité et une pluralité fort intéressantes.
Hubert Robert se dévoile à Rome où il réside de 1754 à 1765 et où il dépeint les monuments de l'Antiquité. Ainsi, que ce soit le Colisée ou des éléments isolés, le peintre français se fait le révélateur des vestiges de la ville et participe à la vague de l'anticomanie qui sied à l'Europe du milieu du XVIII ème siècle.  

La Lingère - 1761
Toutefois, les ruines d'Hubert Robert ne sont pas synonymes de désolation ou de destruction puisqu'elles laissent apparaitre des scènes pittoresques enjouées figurant des lavandières n'ayant rien à envier à la sensualité de Fragonard avec qui il oeuvra à Rome mais aussi des pilleurs concentrés ou des enfants espiègles. Les ruines romaines deviennent lieux d'animation, avec du linge qui pend, des rencontres amoureuses, des farces et même des enfants qui pissent! Aux compositions maitrisées, Hubert Robert injecte une dose d'humour et de trivialité qui, confrontée au sublime des architectures, trouble le spectateur. A la disparition de la pierre, il oppose l'humanité de la vie.

Paysage à la Cascade - 1790
Hubert Robert, ce sont aussi des paysages grandioses, mélancoliques qui annoncent le romantisme du XIXème siècle mais aussi un paysagiste du Roi et enfin, "garde des tableaux du Roi", oeuvrant à l'organisation de ce qui deviendra le Musée du Louvre. Au Salon de 1796, il expose Projet pour la Transformation de la Grande Galerie (en pendant de Vue Imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruine). Faut-il y voir là un dernier clin d'oeil à ses premières oeuvres? Le musée, dernier rempart contre la rudesse du temps et des hommes?

Projet pour la Transformation de la Grande Galerie - 1796

L'exposition se termine le 30 mai 2016. Plus d'infos, ici

Bises!

dimanche 24 janvier 2016

PHILIPPE HALSMAN AU JEU DE PAUME...PAR HAYLEY



Bonjour,

L'exposition consacrée à Philippe Halsman s'achève aujourd'hui au Jeu de Paume alors il était temps que je partage avec vous mes impressions.

C'est une exposition que j'avais hate de découvrir tant j'ai toujours admiré le travail du photographe au sujet duquel j'avais écrit pour un de mes travaux professionnels. 
De Philippe Halsman, le grand public connait surtout ces délicieuses photos de célébrités immortalisées alors qu'elles effectuent des sauts: c'est le concept de la jumpology inventé par le photographe afin de saisir au vol les personnalités de ses sujets sans artifice ni calcul...Faire sautiller pour mieux appréhender la vérité de leur être.

Audrey Hepburn, 1955
Mais derrière le jeu et le 'name dropping' de cette série, se cache tout un pan de son travail fascinant, innovant, experimental et loufoque ainsi qu'une histoire personnelle qui éclaire ses créations d'une lumière intéressante.
Philippe Halsman a capturé de magnifiques portraits d'artistes, d'acteurs mais aussi de personnalités tels que Albert Einstein ou Alfred Hitchcock dont il révèle le caractère grace à d'intenses représentations ou des clins d'oeil ludiques tel ce corbeau perché sur le cigare du réalisateur des Oiseaux. 

Alfred Hitchcock, 1962
Le photographe a aussi longuement collaboré avec Salvador Dali, empruntant son esprit surréaliste au peintre pour mieux imaginer des images excentriques à la narration perfectionniste: des mises-en-scène permises par des séances de photo expérimentales et des jeux de découpe, collage...intenses bien avant l' avènement de Photoshop.

In Voluptas Mors, 1951
L'exposition met aussi l'accent sur les nombreuses photographies que Philippe Halsman a prises de Marilyn Monroe, une Marilyn qu'il remarque alors qu'elle n'est qu'une jeune mannequin et qui se prête volontiers au jeu du storytelling photographique. Elle s'essaiera aussi à la jumpology en 1954: un seul essai qu'elle refuse de réitérer alors qu'elle souhaite ardemment conserver sa part de mystère. Quelques années plus tard, elle recommencera, cette fois-ci avec des centaines de sauts laissant peu de place à la spontanéité...

Marilyn Crying, 1950
Alors que l'exposition permet de mieux observer le travail de portraitiste et d'expérimentateur de Philippe Halsman, j'ai trouvé qu'elle sous-exploitait quelque peu la série des "Jump". A trop vouloir démontrer que le travail du photographe ne se résumait pas qu'à ça, on a comme l'impression que le musée l'a un peu remisée, dans un coin un peu tristounet...mais cette série qui est synonyme de jubilation, d'exubérance méritait un grain de folie majestueux!

The Duke and Duchess of Windsor, 1958
J'ai aussi été très étonnée du choix d'encadrement des photographies de la première salle. Au début, je me suis dit qu'avec mes études en muséologie, j'étais peut être devenue un peu chiante et que je cherchais la petite bête mais Christy qui m'accompagnait ce jour-là m'a fait la même reflexion. Ces anciennes photographies aux fonds un peu jaunâtres paraissent très ternes et "sales" avec leurs cadres blancs: un choix esthétique vraiment dommage qui ne valorisaient donc pas du tout les images.
Sinon, je me suis régalée des petits documents personnels de la famille Halsman: leurs cartes de voeux adorables et amusantes qui donnent à voir un couple complice et tendre.

Philippe & Yvonne Halsman, Carte de Voeux, 1960
Comme je le disais, Philippe Halsman a eu une jeunesse difficile suite à une accusation de parricide fondée sur de désagréables relents antisémites et dont le jeune homme réussira à se soustraire grace à la mobilisation de la France et de nombreux intellectuels.
Il semblerait alors qu'au moment où la vie lui a donné une deuxième chance, Philippe Halsman ait décidé de la placer sous le signe de l'irrévérence et de la joie, comme une envie de donner un coup de pied au passé. Il a ainsi crée une oeuvre antidote pour lui-même mais aussi pour les autres.

Brigitte Bardot, 1951

Bises 


samedi 26 juillet 2014

YOUR NAME IN LIGHTS...PAR HAYLEY

Bonjour à tous!
Vous vous souvenez d'Andy Warhol et de son fameux quart d'heure de célébrité? Et bien l'artiste John Baldessari, en collaboration avec la Monnaie de Paris vous permet aussi de vous hisser au sommet du panthéon de la gloire (enfin pour quinze secondes!)


En vous inscrivant ici, vous pourrez fièrement observer votre nom illuminer la Ville Lumière pendant 15 secondes à partir du 13 septembre, sur la façade de la Monnaie de Paris.


Moi, j'aurai la chance de voir mon narcissisme flatté le 14 septembre à 00:07 et vous?

Infos: ici

Bises!

vendredi 13 juin 2014

LA MODE DE MARBRE D'ALASDAIR THOMSON...PAR HAYLEY

Bonjour à tous!

A défaut de prendre le temps de visiter des expositions et de vous en parler et ne souhaitant plus autant délaisser la rubrique Art de ce blog, j'ai décidé de désormais partager avec vous mes découvertes artistiques.



Aujourd'hui, je suis ravie de présenter le travail du sculpteur écossais Alasdair Thomson qui sculpte des vêtements à partir de blocs de marbre.



Le résultat?
Des pièces féminines et délicates ou des vêtements structurés tout droit sortis d'une armoire masculine...le tout d'un réalisme impressionnant. Avec ces créations, l'artiste arrive à capturer dans la pierre massive ce qui fait la légèreté d'un textile, le tombé d'un pli ainsi que les effets de lumière: fascinant!



Alors qu'on décrit souvent la mode comme étant un concept frivole et éphémère, le sculpteur parvient à l'installer dans le temps et, grâce à l'utilisation du marbre blanc élégamment veiné, à lui donner ce je-ne-sais quoi de nostalgique. J'irai même jusque dire fantomatique...Une manière poétique d'évoquer l'être qui a pu habiter le vêtement.


Découvrez le travail d'Alasdair Thomson: ici

Bises!

vendredi 25 avril 2014

BIRDS OF PARADISE AU MOMU...PAR HAYLEY

Bonjour à tous!
Je suis heureuse de proposer de nouveau un post sur une expo. J'ai l'impression qu'il n'y a désormais plus qu'en vacances que je trouve le temps d'aller au musée. J'ai des journées bien remplies certes mais je ne suis pas non plus à ce point overbookée! Je pense qu'il faut que j'arrête les fausses excuses et que je m'y remette sérieusement. Le temps, il faut se le donner et puis revoir ses priorités: adieu grasse mat' du weekend, bonjour sorties au musée matinales! 

Boa foncé - 1920
Boa clair - 1920
J'ai profité de mon séjour à Anvers pour visiter le MOMU (le musée de la mode): je crois que quoi qu’aurait été l'exposition présentée, j'y serai allée. Il faut savoir que pendant mes études, surtout pendant mon master en conservation de la mode à Londres, le MOMU faisait partie DES références absolues en terme de muséographie. Et je rêve de rencontrer (et travailler pour!) Kaat Debo, son conservateur au talent hautement inspirant!

Robe Prada - 2005
Manchon - 1860/70
Chaussure Christian Dior - 1997/98
Coiffe Louis Vuitton - 2014
Tout ça pour vous dire, que j'ai poussé la porte de Birds of Paradise, son exposition consacrée au travail de la plume dans la mode, avec la joie quasi-hystérique d'une groupie mêlée à un regard particulièrement scrutateur.
Birds of Paradise propose une immersion dans la mode du XXème siècle à travers le prisme du travail de la plume ou de son évocation, le tout au sein de thématiques pédagogiques et esthétiques.

Thierry Mugler - 1997/98
On est tout d'abord accueilli par une série d'oiseaux naturalisés qui donnent le ton avant une vitrine consacrée au travail de plumassier et notamment à la collaboration de la maison parisienne artisanale, Lemarié avec nombres de maisons de couture. Suit une thématique explorant le travail de la plume comme détail de finition qui imiterait la fourrure et ornerait des ourlets précieux.

Prada - 2005
Pour la vitrine Trompe l'Oeil, on découvre des créations jouant avec d'autres matériaux animaux pour imiter la plume ou encore des procédés d'impression qui recréent une plume fantasmagorique.
La vitrine Paon présente des créations divines dignes des plumes incroyables de cette oiseau à la symbolique tour à tour immortelle, prospère mais aussi vaniteuse. Vient ensuite, le Modernisme qui illustre un emploi plus sobre de la plume dans les créations destinées aux garçonnes libérées des années 1920 ainsi qu'aux costumes hollywoodiens théâtraux des années 1930: les plumes seyant à merveille les robes dégoulinantes des actrices de comédies musicales!

Alexander Mc Queen - 2011
Dans la vitrine consacré au Cygne Blanc &Cygne Noir, on voit la confrontation, si symbolique depuis le Lac des Cygnes de Tchaïkovski, de l'innocent cygne blanc et du maléfique cygne noir.

Nina Ricci par Olivier Theyskens - 2007/2008
Dans une pièce sombre, on découvre l'univers onirique et quasi-gothique de la créatrice belge Ann Demeulemeester.

G: 2011-2012
D: 1992
Tout au long de l'exposition, sont également présentées des œuvres conceptuelles de l'artiste Kate McGwire qui travaille surtout la plume de pigeon et de corneille. Cherchent, à jouer de nos préjugés et à nous faire voir le beau là où on a tendance à le dénigrer comme avec le pigeon et le corbeau, elle crée aussi des installations à l'esprit inquiétant, un peu magique...

Gyre - 2012
On poursuit notre visite avec une vitrine consacrée aux Chaussures qui osent le travail minutieux, sensuel et raffiné de la plume.

Roger Vivier
Puis, on s'intéresse aux jeux de Texture qui fascinent les créateurs du 20ème siècle.

Giambatista Valli - 2013
Après, les chaussures, on ne peut évidemment pas passer à côté des chapeaux qui offrent une surface plus large pour ces ornements élégants et qui permettent une plus grande extravagance.


La vitrine Automne, certainement ma préférée tant ce sont des tonalités qui me séduisent, présentaient des modèles teintés de couleurs plus terriennes et évoquant l'univers de la chasse.
Haider Ackermann - 2006/07
Chanel - 2013
Paco Rabanne - 1994/95
Enfin, on achève notre parcours avec Yves Saint Laurent qui, inspiré par Zizi Jeanmaire dans les années 1960,  utilise à profusion la plume aérienne et mystérieuse!
Robe au premier plan: 1968/69
J'ai beaucoup aimé cette exposition qui permet d'observer les symboliques tantôt innocente, tantôt diabolique du travail de la plume. Associée au luxe et à l'élégance, elle est aussi le témoin d'un savoir-faire fascinant, d'une technicité magistrale et d'une modernité extravagante. 
D'un point de vue muséographique, j'ai trouvé judicieux d'utiliser des mannequins très sobres qui ne venaient pas polluer le regard et ne faisaient pas de l'ombre aux créations. Les explications étaient claires, la pédagogie juste et la contextualisation historique tout comme conceptuelle, avec les œuvres d'artistes contemporaines, parfaitement maîtrisée.
Peut être aurai-je aimé une scénographie un peu plus théâtrale même si le cube blanc muséal laissait le vêtement dominer l'attention.
Seul hic: les vitrines! Je sais bien que la conservation du costume nécessite des règles drastiques et qu'il faille aussi éviter les touchers indélicats de certains visiteurs mais les verres créent énormément de faux reflets (on le voit d'ailleurs sur mes photos!)...qui gâchent un peu la perception. 

Malgré ce détail: c'est une expo à voir!

Plus d'infos: ici

Bises!